La vie ordinaire requiert la rêverie. Cette façade d’un immeuble devant lequel je passe très souvent, avec ses fenêtres un peu prétentieuses et ses balcons ouvragés, m’avait semblé, au moment où je la photographiais, un embrayeur possible pour un billet sur ce blog.

Mais la nouvelle de la catastrophe interrompt sans appel toute velléité de rêverie, tout projet d’écriture, même le plus modeste. Leurs vies se déroulaient en partie dans des maisons qu’ils croyaient solides, jusqu’au jour où leurs murs se sont effondrés en quelques secondes.

Ce n’est pas à cela que je pensais lorsque j’ai photographié cet immeuble hier, rue du Chevaleret, probablement l’un des immeubles les plus chics de cette rue modeste. Perchée sur la dalle qui lui fait face, tournant le dos au bâtiment conçu par l’architecte Rudy Ricciotti, je cadrais les deux arbres aux feuilles toutes neuves devant les rangées de fenêtres.

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Pendant ce temps, et je l’ignorais encore, la terre tremblait au Népal, lors d’un séisme d’une magnitude de 7,8.

Tant qu’elle se situe dans la fiction, la catastrophe est un ingrédient dont l’imagination raffole. Mais voici qu’elle survient, et avec elle un flot d’images insoutenables sur nos écrans. Dès lors, toute rêverie devient oiseuse.

S’il fallait dire quelque chose, il ne resterait peut-être que la poésie,  à qui on peut tout demander, car elle est à la langue cela-même dont il faudrait pouvoir parler aujourd’hui : un séisme.

Laurent Terzieff dit un passage de “Anabase I”de St John Perse 
Extrait de “Saint-John Perse” de Daniel Gelin et Jacques Trefouël (1982).

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