Il l’avait vue arriver de loin, pédalant sur l’avenue de France pratiquement déserte à cette heure-là, son sac en bandoulière, et il avait pensé : mais pourquoi ne le met-elle pas dans le panier devant le guidon ? Plus tard, ils passèrent sous la passerelle du cinéma, sachant qu’il valait mieux éviter la librairie, ils n’avaient ni l’un ni l’autre les moyens de s’acheter des livres, et tous les livres dont ils avaient besoin n’étaient-ils pas accessibles en bas, dans le silence de la bibliothèque ? S’aventurant ensemble sur l’esplanade, ils furent éblouis en même temps par un éclat de soleil renvoyé par la façade de la Tour des Lois. Ils marchaient côte à côte, sans parler, sans se toucher, et tandis qu’ils s’approchaient des marches surplombant les pins du jardin central, ils firent dévier leurs pas vers la gauche pour contourner le trou, puis s’arrêtèrent en haut de l’immense escalier qui surplombait la Seine.

Apercevant les poutres bleues du POPB, elle pensa à ce concert de Coldplay où ils étaient allés ensemble, le soir de leur rencontre à l’auto-école. Après les dernières notes de guitare de Chris Martin, ils avaient marché le long du fleuve, jusqu’à ce moment de la nuit où leurs paroles avaient semblé planer au-dessus de l’eau.

Assise auprès de lui en haut des marches, elle sentait derrière eux la présence des tours remplies de livres. Lui regardait la Seine. Il se souvenait du flot de mots qu’ils avaient échangé la nuit précédente. Les mots entre eux depuis ce concert, trois ans auparavant, avaient été doux, puis moins doux, puis avaient pris un goût amer, et, depuis quelques mois, carrément infect. Il ne se demandait pas comment : la réponse n’avait plus aucune importance. Rien ne pourrait désormais la faire changer d’avis, la retenir auprès de lui.

Elle pouvait bien poser son bras sur son épaule, tout était fini, il le savait.

One thought on “Rupture à la BNF

Leave a Reply to Dominique Hasselmann Cancel reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *